Cet
ouvrage, issu d'une table ronde sur les rapports inter-ethniques à
Madagascar, tenue à l'Université de Paris VII, s'interroge sur le
clivage, invoqué à tout bout de champ, entre Merina et Côtiers.
Quand
a-t-il surgi ? Au bénéfice de qui est-il instrumentalisé ? Comment
s'accomode-t-il d'une division quasi officielle de l'île en 18 "tribus"
? Comment s'est constitué l'imaginaire violent de l'ethnicité,
combinaison d'une mémoire du ressentiment, de marques de traumatismes
historiques bien réels et d'un discours de la victimisation ?
"Le travail reconstitue l'apparition des stéréotypes qui ont figé
nombre de groupes dès le début du XIXè siècle sous le regard de
l'Occident. Mais il montre aussi que le principe de séparer en unissant
était déjà la règle d'or des constructeurs de monarchies des
XVIIè-XVIIIè siècles. Les "ethnies" seraient alors une dimension
ancienne du politique et l'attribution des manoeuvres de division au
seul colonisateur apparaît bien trop simpliste. De même le dualisme
symbolique entre centre et périphérie, Hautes terres et Côtes, a été
une des composantes de l'ancien Royaume de Madagascar avant d'être
transcrit dans l'opposition entre Merina et Côtiers.
" Les contributions s'attachent enfin à la crise identitaire que
traversent les Merina, après s'être liés, deux siècles durant, à
l'image idéale de la grande Nation au point d'éviter de penser
selon les mêmes critères que leurs compatriotes. Certains sont tentés
par une dérive raciale, spécifique de Madagascar, lieu de rencontre
d'influences africaines et asiatiques. Comme le dit une lettre royale
destinée à la reine Victoria : "Mon pays ne fait pas partie de
l'Europe, ni de l'Asie, ni de l'Afrique, c'est une île dans les mers et
si on le laisse en paix, il continuera à progresser dans le commerce et
dans la civilisation".
"En promettant l'autonomie aux six provinces composant le territoire de
Madagascar, le président Ratsiraka a ouvert la boîte de Pandore. De
l'autonomie au chantage à la sécession, il n'y a qu'un pas. Les
passions ethniques couvent et l'unité nationale ne peut être gravement
menacée. Faut-il pour autant ramener tous les problèmes de l'île à un
ressort ethnique ? La Nation est-elle à ce point fragilisée ?
L'Histoire apparaît ici comme une pièce essentielle pour la
compréhension des crises contemporaines."
|
443 pages - broché 1 novembre 2003
|